Introduction a la cosmogonie nordique

Posted by Úlfdís    in Generalites, Mythologie    September 13, 2011 5 Comments »

La cosmogonie Nordique, ou formation du monde vue par les Anciens Norrois, est décrite en détail dans la Gylfaginning, chapitres 5 à 9 (cf “L’Edda Poétique” traduit et présenté par Régis Boyer, éditions Fayard). Cette saga décrit comment dans le Ginnungagap (le grand Vide), deux royaumes opposés formèrent le monde. Ces deux mondes antagonistes sont le monde de Niflheim, humide et froid, au Nord, d’où s’écoule un courant glacé chargé d’écume venimeuse ; l’autre monde est le Muspell, chaud et sec, au Sud, et d’où s’écoulent du feu et des étincelles. Ces deux mondes sont respectivement “celui des brumes” et “celui du feu”. La vague de feu et la vague de glace se dirigent l’une vers l’autre et se rencontrent. Le feu réchauffe la glace et la fait fondre, accélérant ainsi la formation d’écume, à partir de laquelle se forme le premier être : Ymir (qui signifie “Le Rugissant”). Ymir engendre à son tour d’autres êtres : les Thurses du Givre. Étant hermaphrodite, il donne naissance à un couple de Thurses (un homme et une femme) grâce à la transpiration de son aisselle gauche, ainsi qu’à un fils grâce à l’un de ses pieds.

Introduction à la cosmogonie nordiqueVoici comment la Gylfaginning (chapitre 5) décrit cette phase de la création du monde :

“Tout comme le froid le plus âpre venait de Nifelheim, tout ce qui était orienté vers le monde de Muspell était brûlant et clair, mais dans Ginnungagap, c’était comme un constant temps doux, et alors le courant brûlant rencontra le givre, en sorte que cela fondit et dégoutta, et de ces gouttes d’eau froide jaillit la vie par la force qui provoquait la chaleur brûlante, et cela devint une figure humaine, et il s’appela Ymir, mais les Thurses du Givre l’appellent Aurgelmir, et de là descendent les races des Thurses du Givre.”

Cette apparition de la vie vue par les Anciens Norrois rappelle celle qui a effectivement eue lieu sur notre planète, et que nous commençons enfin à connaître grâce à la science. La vie est effectivement apparue dans l’eau et nous soupçonnons aujourd’hui qu’elle est apparue, dans les grandes profondeurs glacées des océans, près de sources chaudes sous-marines. La vie serait donc effectivement apparue à la confluence entre l’eau froide et la chaleur. La mythologie rejoint donc ici les hypothèses scientifiques. Troublant n’est-ce pas ?

De la coagulation du givre fondu naît, en même temps qu’Ymir, un autre être : la vache cosmique Audhumla. C’est elle qui nourrit Ymir, grâce au lait qui s’écoule de ses pis. Elle-même se nourrit de la brume glacée, en léchant un bloc de glace salée qui en est issu. En léchant ce bloc elle lui donne une forme, qui deviendra Búri, être androgyne qui donnera lui-même naissance à un fils, Borr. Celui-ci épouse Bestla, une Etin fille de Bölthorn, et de cette union naquit la triade divine Oðinn-Vili-Vé.

Voici comment la Gylfaginning raconte cet épisode là :

“Ymir était très mauvais ainsi que toute sa parenté. Nous les appelons les Thurses du Givre. Mais on a dit qu’alors qu’il dormait, il entra en transpiration, et alors crûrent sous son bras gauche un homme et une femme, et l’un de ses pieds engendra un fils de son autre pied, et de la provinrent les races. […] Ensuite, il se passa ceci, que le givre dégouttait. Il en provint une vache qui s’appela Audhumla, et il coula quatre rivières de lait de ses pis, et c’est elle qui nourrit Ymir. […] Elle léchait les pierres couvertes de givre, qui étaient salées, et le premier jour qu’elle les lécha, sortit de la pierre, vers le soir, la chevelure d’un homme, et le lendemain, une tête d’homme ; le troisième jour, l’homme était sorti tout entier. Il s’appelait Buri ; il était de belle apparence, grand et fort. Il engendra un fils qui s’appela Borr. Il épousa une femme qui s’appelait Bestla, fille du géant Bölthorn, et ils eurent trois fils : l’un s’appela Oðinn, le second Vili, et le troisième, Vé.”

Les trois frères tuent Ymir, ils transportent son corps au centre du Ginnungagap, et avec lui ils construisent la structure du multivers. Ils sculptent le monde et actionnent ses mécanismes. Le crâne d’Ymir forma le ciel, et aux quatre coins de celui-ci les trois dieux placèrent quatre nains, qui représentent les quatre points cardinaux (leurs noms donnèrent d’ailleurs ceux des points cardinaux dans la langue ancienne Norroise et dérivées) : Norðri, Austri, Suðri, et Vestri. Au centre du monde les trois frères construisent le monde du milieu et sa forteresse Miðgard grâce aux cils d‘Ymir.

Voici comment la Gylfaginning décrit cette construction du monde :

“Ils prirent Ymir et le placèrent au milieu de Ginnungagap et firent de lui la terre, de son sang, la mer et les lacs ; la terre fut faite de sa chair, les montagnes de ses os, les amas de pierres et les cailloux, de ses dents et des condyles qui s’étaient brisés. […] Du sang qui coulait de sa blessure et ruisselait librement, ils firent la mer quand il formèrent la terre, et placèrent cette mer en rond tout autour de la terre. […] Ils prirent aussi son crâne et en firent le ciel, le posèrent au dessus de la terre, sur quatre coins, et sous chaque coin, ils placèrent un nain : ceux-ci s’appelaient Est (Austri), Ouest (Vestri), Nord (Norðri), Sud (Suðri). Ensuite ils prirent les étincelles et les scories qui passaient alentour et avaient été projetées hors de Muspelhiem, et les jetèrent au milieu de Ginnungagap dans le ciel à la fois vers le haut et vers le bas pour éclairer le ciel et la terre. […] Il est dit dans les anciens poèmes de sagesse que c’est depuis ce temps-là qu’on distingue le jour de la nuit et qu’on compte le temps par années. […] La terre est toute ronde et à l’extérieur se trouve la profonde mer, et le long du rivage de cette mer, ils donnèrent aux races des géants de la terre à bâtir ; mais plus loin vers l’intérieur de la terre, ils bâtirent une forteresse autour de leur domaine pour se défendre des géants. Pour cette forteresse, ils employèrent les cils d’Ymir, et ils appelèrent la forteresse Midgard. Ils prirent aussi sa cervelle et la jetèrent en l’air et ils en firent les nuages.”

Ensuite les trois dieux décident de créer l’humanité. Pour cela ils prennent deux arbres trouvés par hasard le long d’une berge. A ces deux êtres vivants, Oðinn donna le souffle de vie (ou önd), Vili leur donna la raison (l’oðr) et donna l’apparence humaine, la parole et les sens. Ces deux êtres primordiaux portent des noms qui reflètent leur origine végétale : l’homme s’appelle Askr (ce qui signifie “le frêne”), et la femme Embla (ce qui signifie “l’orme”). De ces deux humains découle toute l’humanité.

Voici l’explication de la création de l’humanité par la Gylfaginning :

“Quand les fils de Borr allèrent le long du rivage de la mer, ils trouvèrent deux souches d’arbres et les prirent et en façonnèrent des êtres humains ; le premier donna souffle et vie, le second, conscience et mouvement, le troisième physionomie, parole, ouïe et vue. Ils leur donnèrent des habits et un nom : l’homme fut appelé Askr et la femme Embla. Et par eux fut engendrée la race des hommes qui put vivre et habiter dans Midgard.”

Ensuite les dieux créent leur monde et leur forteresse, Asgarð.

Voici cette avant-dernière phase de la création du monde racontée par la Gylfaginning (chapitres 8 et 9) :

“Ensuite, les dieux se firent au milieu du monde une forteresse qui s’appelle Asgard ; les hommes l’appellent Troie. Là habitaient les dieux et leurs races, et de là provinrent maints évènements et batailles à la fois sur la terre et dans les airs. “

Le Ginnungagap est un pseudo vide, puisqu’il est en fait rempli de proto-énergie. Le Niflheim et le Muspell symbolisent cette proto-énergie à un stade profondément polarisé et intensifié. Lors de l’interaction de ces deux proto-énergies, le monde se forme sur le schéma de la rune mère Hagalaz, sous sa forme d’étoile à six branches. Cette structure du monde est identique à celle du flocon de neige.

Ce schéma de création du monde pose l’humanité comme une partie du cosmos sculptée par les dieux, et non comme une de leurs créations. En fait les dieux ont seulement fait évoluer le premier couple du stade d’êtres vivants à conscience limitée (les arbres), à celui d’êtres humains possédant une conscience complexe, celle-ci ayant été étendue de façon artificielle par les dieux (ceux-ci ont en fait joué un rôle de modificateurs de l’évolution des êtres vivants).

Il reste après tout cela une chose à créer : le soleil et la lune, et à leur donner leur mouvement. Tout comme beaucoup de phénomènes naturels, ils sont personnifiés, et portent chacun un nom : Sól est le nom du soleil, et Máni est le nom de la lune. Ces deux entités ont une particularité par rapport à notre vision “occidentale” de ces deux astres : leur polarité sexuelle est inversée par rapport à la polarité couramment admise en Europe ; Máni (Lune) est un homme et Sól (Soleil) est une femme. Ces deux astres tout comme le monde sont menacés de destruction.

En effet la mythologie nordique comporte une pseudo apocalypse : le Ragnarök. Je parle ici de pseudo apocalypse, car après le Ragnarök le monde revient à la vie. Celui-ci symbolise donc une mort du monde suivi d’une résurrection. Je développerai le Ragnarök, ainsi que la disposition des mondes le long de l’Yggdrasil dans d’autres pages.

Partagez cet article sur

5 responses to “Introduction a la cosmogonie nordique”

  1. laorans says:

    Félicitations pour ce site qui est superbe
    Que les Dieux vous protège.
    Laorans

    • sophie fiorito says:

      Peut-on envisager un parallèle avec la cosmologie du big bang? Du ginnungagap, océan d’énergie après le big bang, les galaxies se sont constituées. En ce qui nous concerne, la voie lactée constituée de matière serait la vache cosmique et ses pis les branches de la galaxie; et son parèdre indispensable d’antimatière: ymir, le trou noir autour duquel elle tourne.
      Ce qui expliquerait pourquoi le “svastika” est le dessin le plus vieux et le plus répandu sur terre. Mais cela suppose une connaissance cosmologique équivalente à la nôtre et vulgarisée pour rester dans les mémoires, pour d’être décodée quand les hommes auraient atteint le niveau de connaissance suffisant pour comprendre qu’ils sont venus d’ailleurs pour coloniser la terre?. Avec quelques variantes, les autres cosmogonies disent toutes la même chose. Soit, les premiers hommes avaient une imagination bigrement inspirée, soit ils savaient!

      • Úlfdís says:

        J’ai toujours trouvé que le récit de la création de l’univers par la mythologie nordique était très proche du big bang moi aussi 😉
        Pour ma part j’ai toujours pensé que les premiers hommes avaient accès à certaines formes de connaissances que nous avons perdues. Il suffit de voir en Amérique du Sud l’usage de l’ayahuasca, pour se rendre compte qu’avec les millions de plantes que compte la forêt amazonienne, le fait que les hommes aient réussi à trouver comment coupler deux plantes très différentes pour obtenir un breuvage psychotrope “parfait” tient du miracle ou d’une forme de connaissance que nous ne comprenons pas.

  2. Lyonel says:

    Une erreur assez grossière: Le Gylfaginning ne se trouve pas dans l’Edda poétique, mais dans lÉdda dit de Snorri et n’est pas un poême mais un texte en prose citant quelques poêmes tout au plus.

    Sinon, beau website.

    • Úlfdís says:

      Bonjour,
      La traduction du Gylfaginning par Boyer se trouve bien dans son livre intitulé “l’Edda Poétique”, et je n’ai jamais mis que le Gylfa était un poème, juste dans quel livre on pouvait le trouver.
      Cordialement

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Protected by WP Anti Spam

Runabok

Le Rúnabók est une synthèse sur les runes, qui reprend bon nombre de contenus du blog au format papier avec des suppléments. Vous pouvez l'acheter en ligne sur Lulu.com:

Acheter le Rúnabók (Livre des runes) sur Lulu.com

Reseaux sociaux

Vous pouvez suivre nos nouvelles et discuter avec nous sur:

    Retrouvez-nous sur Facebook     Retrouvez-nous sur Google Plus

Sans oublier le forum du site:

    Venez-discuter sur le forum