Skadi

Posted by Úlfdís    in Mythologie    September 18, 2011 No Comments »

Skaði est la déesse géante de l’hiver, de la montagne, et de la chasse, elle est associée au ski et au tir à l’arc. Son père était le géant Þjazi, il fut tué par les Ases pour avoir enlevé la déesse Ídunn et ses pommes de jouvence.

Skaði marcha vers Ásgarðr pour venger son père. Les Ases lui proposèrent alors une compensation :

  • Skaði demanda à Óðínn de prendre les yeux de son père et de les jeter loin dans les cieux pour qu’ils deviennent une constellation.
  • Puis elle demanda ensuite à se marier avec un dieu de son choix. Mais les Ases n’acceptèrent qu’à condition qu’elle choisisse son futur époux en ne voyant que les pieds des dieux cachés derrière un rideau. C’est Njörðr qui fut ainsi choisi par Skaði, mais le couple se sépara finalement.
  • Enfin elle exigea que les Ases la fasse rire, ce que réalisa Loki en attachant ses bourses à la barbe d’une chèvre.

La paix fut faite entre elle et les Ases, la géante Skaði devint ainsi la Scintillante épouse des dieux : « Skir bruðr goða » .

Skaði participa aussi au châtiment de Loki : elle plaça un serpent qui faisait couler son venin au-dessus de la tête du dieu fourbe.

Skadi, Thjazi et Idunn

Skadi - Copyright MichaelJorvik 2011Skaði intervient à la fin du mythe de l’enlèvement d’Ídunn par le géant Þjazi. Ídunn est gardienne des pommes de vie « eplilyf » c’est à dire de la vertu de santé permanente « ellilyf ». Ídunn et Skaði, sont les manifestations d’un processus alchimique.

La verdure et la jouvence du printemps qui déjà se préparent en hiver sont cachées occultées par le givre : Þjazi. Þjazi, de la racine étymologique Þjá, (intraduisible en français) implique de montrer une entrave.

Þjazi, tel Suttungr et Óðínn, se transforme en aigle. L’aigle représente le principe spirituel, l’inspiration sacrale accessible par l’initiation. Þjazi est aussi en rapport avec l’aigle géant Hraelsvelgr qui, de ses ailes, crée les vents glacés du grand nord. Þjazi, avec ses ailes, empêche la cuisson d’un bœuf qu’Óðínn, Hœnir et Loki ont capturé lors d’un de leurs voyages.

La cuisson, le dépeçage et la consommation du Bœuf peut symboliser le rite de démembrement de l’initiation chamanique. Ici Þjazi montre la nécessité de renouvellement de la vie…il empêche le processus de cuisson, c’est à dire qu’il empêche le processus Alchimique de se finaliser, car la vie (Ídunn), doit d’abord être réinitialisée, cette finalisation doit déboucher sur l’arrivée de Skaði parmi les Ases en tant que « Skir bruðr goða » (scintillante épouse des dieux).

Þjazi représente le rite de passage, montre la fracture, la mutation nécessaire d’Ídunn (la vie) dans la mortification hivernale pour se renouveler. Skaði est la terre gelée, Ídunn est la croissance fertile qui y est cachée. Ídunn symbolise la perfection et la Vie éternelle. Elle est la gardienne des Pommes de Jouvence, la Déesse de la continuité et du renouvellement. Skaði porte la source de vie au plus profond d’elle même, Ídunn est elle-même cette source de vie.

Il est intéressent de noter qu’Ídunn dans le Hrafnagaldr Óðinn devient Ividja, la sombre sorcière-Völva. Ividja est l’ombre d’Ídunn, la vie occultée lors de la gestation, potentiellement présente mais imperceptible, cachée derrière une manifestation funèbre. De même l’obscure Skaði est nommée la scintillante épouse des dieux, sous cette appellation Skaði est révélée : sa puissance glacée de contraction et d’introspection porte ses fruits et engendre l’épanouissement et l’élan vital. Ces deux déesses ne sont pas toutes blanches ou toutes noires, mais ambiguës, complexes et paradoxales.

Skaði et Ídunn pourraient être considérées comme deux facettes de la Grande déesse.

Skadi et Njordr

Après l’enlèvement de la déesse Ídunn et des pommes de vie par le géant Þjazi, ce dernier est tué par les dieux. La géante Skaði prend alors les armes contre Ásgarðr pour demander réparation du meurtre de son père. En compensation pour la mort de Þjazi , les Ases proposent entre autre à Skaði de choisir un époux parmi les dieux, mais elle ne pourra se décider qu’à la vue des pieds de ces derniers, cachés derrière un rideau. Elle choisit les pieds qui lui semblent les plus beaux, pensant qu’il s’agissait de ceux de Baldr, mais ceux que Skaði choisit furent, en fait, ceux de Njörðr, le dieu à la hache.

Les pieds sont le contact avec la terre qui nous permettent de nous déplacer et de nous stabiliser. Les pieds permettent la marche initiatique sur la Grande Terre-Mère.
Skaði a donné son nom à la Scandinavie terre froide et humide pleine d’adversité et d’épreuves. La déesse de la terre gelée choisit les pieds les plus beaux, les plus stables, les plus ancrés dans la matière, les plus dignes de faire le pèlerinage sur une terre sacrée où la richesse se trouve cachée dans les profondeurs telluriques. Les pieds du dieu de la fécondité, purifiés par les ablutions marines sont les plus beaux aux yeux de la déesse de la montagne initiatique.

Les pieds représentent l’ancrage en profondeur dans le monde sensible, dans la réalité, dans la conscience de la matérialité qui est une nature intrinsèque aux Vanes et aux Géants. Njörðr se marie donc avec Skaði, Baldr, lui, est prédestiné à siéger dans les profondeurs du Helheimr, jusqu’à la fin du Ragnarökr. Or il faut un dieu bien vivant pour Skaði, un dieu charnel de richesses matérielles. Baldr est une divinité idéale, évanescente, parfaite ; sa beauté est pureté et perfection spirituelle. Les pieds du dieu de lumière, trop élevés au dessus la matérialité, ne peuvent convenir à Skaði.

Même si c’est à Baldr qu’elle pense c’est Njörðr qui se manifestera à elle car pour Skaði les pieds les plus beaux, sont les pieds stables de la conscience organique qu’incarne le dieu Njörðr. La demeure de Njörðr qui se nomme Noatún (clos des bateaux) est une halle céleste et maritime, Njörðr commande aux eaux aux vents. Njörðr commande aussi au feu, feu qui représente l’or et le soleil : lumière richesse chaleur, avec l’eau le soleil est source de vie et de fertilité. Njörðr est lié au soleil et à l’eau, et représente le soleil printanier qui fait fondre la glace : la demeure chthonienne et sombre de Þrymheimr (monde du vacarme) dévoilant une terre fertile.

Njörðr est lié aux bateaux. Les pétroglyphes Scandinaves représentent un dieu-géant solaire brandissant une hache sur un bateau rituel, tout un processus cosmique se cache derrière ces représentations. Njörðr symbolise le voyage initiatique du soleil dans les ténèbres.

Skaði, elle, est liée aux Ski et au tir à l’Arc, à la chasse difficile d’un animal dans l’hiver scandinave. Elle est l’incarnation de la volonté de survie, et du gibier rare mais nécessaire pour survivre. La chasse représente aussi l’initiation et le voyage chamanique. Skaði cache en elle une lumière, lumière que l’on peut accéder par l’accomplissement et l’initiation.

Njörðr et Skaði sont des divinités initiatrices et psychopompes, Njörðr est lumière qui voyage dans les ténèbres et Skaði est ténèbres contenant la lumière.
Njörðr peut aussi être considéré comme le bateau funéraire initiatique, cette barque solaire où Baldr, la lumière cachée, vogue dans l’ombre de Skaði !

Mais Skaði aimait vivre dans ses montagnes à Þrymheimr, la demeure de son défunt père, et ne pouvait supporter de rester dans la demeure de Njörðr au bord de la mer.
Njörðr, lui, désirait rester dans son domaine à Noatún et n’aimait pas la montagne. Alors ils décidèrent que Njörðr resterait neuf nuits de suite à Þrymheimr avec son épouse ; et Skaði resterait trois nuits à Noatún auprès de son mari, et ainsi de suite…

Les nombres de jours, où les deux époux décident de rester respectivement dans leur demeure représentent un processus initiatique : les chiffres trois et neuf sont les deux chiffres sacrés de la tradition nordique par excellence.

Le chiffre trois est le chiffre du dépassement des dualismes et représente le processus actif et créatif. Il représente les trois plans d’existence et les trois grandes phases du temps que symbolisent les trois Nornes. Trois est aussi un chiffre initiatique de réalisation spirituelle : les trois récipients contenant l’hydromel poétique que détiens Gunllöd, le triple sacrifice de Gullveig par les Ases…etc…

Le chiffre neuf est, quant à lui, le symbole du cycle de la vie et de la mort et la transformation perpétuelle. Neuf est le chiffre de la cohésion, de la structuration et de la restructuration perpétuelle du cosmos organisé en neuf mondes. Neuf symbolise aussi l’initiation : les neufs vagues mères de Heimdallr, les neuf nuits d’Odin pendu à Yggdrasill…etc…

Ainsi Skaði (la matrice terrestre) doit s’ouvrir trois fois aux flots fécondants de Noatún. Et Njörðr (le flux du cycle évolutif) doit s’initier et s’incarner neuf jours à la montagne initiatique de Þrymheimr.

Njörðr et Skaði sont ancrés dans la matière originelle et sont d’une certaine manière liés au géant primordial dont les différentes parties du corps servirent à Óðínn, et Vili pour façonner le cosmos. Du sang d’Ymir les trois dieux firent les océans, les fleuves et les étendues d’eaux, de sa chair la terre, des ses os les rochers et les montagnes… entre l’humidité et la solidité Njörðr et Skaði symbolisent tous les deux la double origine primordiale de la terre malléable et fertile.

Njörðr/Kvasir étend son domaine dans le sang d’Ymir, la mer et les plans d’eau ; et Skaði dans les os du géant primordial, les rochers et les montagnes. Ymir est le père androgyne de tous les géants et donc d’Óðínn qui est le fils de la géante Bestla. Les géants donnent à Ymir le nom d’Aurgelmir ! Aurgelmir est le fondement de toute la nature temporelle et perceptible qui nous environne. Le mot Aurgelmir qualifie le géant primordial du point de vue des géants, c’est à dire du point de vue phénoménal. Aur en vieux norrois signifie eau « sablonneuse »/« boue »… ce qui se rapporte à la matière originelle. Aur est la prima matéria.

Skaði habite à Þrymheimr, domaine montagneux de pierre et de glace, la prima materia est ici cristallisée dans sa forme la plus brute. Les montagnes de Jötunheimr symbolisent l’endurance, la fermeté et la force, fonctions que l’on retrouve dans le symbolisme de l’os qui fonde la structure de notre corps. Njörðr ne supporte pas le chants des loups de Þrymheimr. Les loups symbolisent les initiés, les Ulfhednar guerriers loups voués à Óðínn, maîtrisaient l’extase sacrée. Le Loup, animal psychopompe et initiateur, représente cette conscience du flux primordial, l’éveil individuel. Le loup représente l’initié de Þrymheimr.

Gelmir en vieil islandais signifie « bruit »/ « vacarme »/ « résonance »… ce qui se rapporte au son primordial déjà présent dans le mot Hvergelmir (chaudron du vacarme), nom de la source originelle. Gelmir est ici le verbe primordial.

Njörðr siège à Noatún, dimension maritime d’eau, de sel et d’écume. L’eau, omniprésente dans les demeures liées aux Vanes, symbolise la communication fluide, la diffusion, la transmission, la fécondation ; symbolisme que l’on retrouve dans le sang qui est le véhicule de vie à travers tout le corps, et qui se rapporte au verbe, force primordiale incarnée. Dans la demeure de Njörðr, Skaði ne supporte pas le chant de la mouette, la mouette symbolise l’espoir et la liberté. Pour les marins la mouette signifie que la terre est proche mais représente aussi l’âme des marins noyés, et le risque de non retour à la terre ferme. La mouette est elle aussi un animal psychopompe et initiateur qui symbolise le retour à la terre. La mouette symbolise l’initiée de Noatún.

Ymir est la vibration organique et phénoménale qui réside en toutes choses. Ymir fut tué, et de son sacrifice la structure du cosmos fut façonnée. Skaði et Njörðr sont des puissances de vie et de mort et cela au travers des éléments transformés puis élaborés qui fondèrent le corps sacrifié du géant originel. Sang et Os, fluide vital et structure matérielle du corps sont les fondements du corps humain. Njörðr et Skaði incarnent les éléments primordiaux de ces deux facettes fondamentales de la matérialité.

Finalement les deux époux durent vivre séparément… Union, échange, séparation, Njörðr et Skaði forment un couple de dualité, de conflits et de complémentarité qui se rapprochent et s’éloignent au fil des interactions de leurs énergies.

Si Njörðr et Skaði sont divisés sur les éléments solides et liquides provenant des os et du sang d’Ymir, les deux époux se rejoignent sur leur nature hermaphrodite, nature caractéristique du géant primordial. Skaði porte un nom masculin et Njörðr (Njardar) nous est donné par Tacite pour la déesse Nerþuz. Selon Tacite, Nerþuz passe à tour de rôle six mois au bord de la mer et six mois à la montagne. Le couple Njörðr / Skaði ne serait-il pas l’expression de deux facettes complémentaires de Nerþuz ? L’androgyna est très caractéristique des divinités Vanes.

De plus Skaði serait la mère de Freyr et de Freyja, mère adoptive ou génitrice ? Freyr et Freyja peuvent être aussi considérées comme les enfants de Nerþuz sœur jumelle de Njörðr. Skaði peut être considérée comme l’aspect hivernal et sombre de Nerþuz, de la terre, donc comme génitrice de Freyr et Freyja.

Skaði est intimement liée au côté originel des Vanes qui entrèrent en dualisme avec la souveraineté spirituelle des Ases. Puis par son union aux dieux elle confirme ce pacte entre Vanes et Ases entre forces terrestres (Vanique/Jotunienne) et spirituelles (Asiques). Complétant ainsi l’union des Ases au représentant de la matière originelle : d’abord les Vanes, puis une et finalement plusieurs géantes ! Skaði représente cette interpénétration des deux clans divins,

L’union Dieux Vanes / Géantes représente le cycle des saisons : Njörðr/Freyr fécondant la terre gelée mais potentiellement fertile : Skaði/Gerðr. Skaði et Gerðr sont la terre glacée hivernale, source de grande détresse stérile, mais contenant au plus profond d’elle-même l’énergie potentielle qui fera d’elle la terre germinante du printemps. Gerðr femme de Freyr peut être considérée comme un aspect sombre de Freyja sœur jumelle de Freyr. Gerðr est la Fille de Gymir/Ægir géant intimement lié à Njörðr/Kvasir, tous deux étant liés à la mer, à la richesse et à la bière/l’hydromel.

Skaði, fille de Þjazi, est la petite fille d’Olvaldi : géant intimement lié à la bière et la richesse, domaine de prédilection des Vanes. Le rapport entre Le dieu aquatique Njörðr, Vane époux d’une géante et le dieu aquatique Mímir Ase/Géant envoyé en otage chez les Vanes puis sacrifié ; est ici aussi à méditer ! Ægir, Hymir, Olvaldi, Mímir, Njörðr, Kvasir… ont des liens certains

Skaði serait donc la terre froide et humide pleine d’adversité et d’épreuves Skaþin/Schrade le « danger » . Skaði, de Scathe peut aussi vouloir dire « Ombre » (Skeud en Breton). Skaði veut aussi dire celle qui punit…

Ombre, danger, châtiment, Skaði est la force impitoyable de la Nature avec laquelle la sagesse de l’homme et la civilisation humaine, que les Ases symbolisent, doit s’adapter, s’unir, s’harmoniser. Face aux Ases qui représentent la culture et la civilisation humaine les Vanes et les Géants représentent les forces primordiale de la nature.

Skadi, Loki et le Serpent

Nous disions que Skaði était une Géante, Skaði peut être identifiée à diverses déesses/géantes telles que Gerðr, Griðr, Gunnlöð, Rind, Jarnsaxa. Les couples Freyr/Gerðr et Óðínn /Skaði ont engendré le lignage des dynasties royales de Scandinavie.

Gerðr est la géante qui est probablement la plus proche de Skaði puisque liée elle aussi à un dieu Vane. Mais Gerðr est liée exclusivement au Vane Freyr alors que Skaði, si elle est mariée à Njörðr, s’est aussi liée à l’Ase Óðínn. Les unions entre les dieux et les autres géantes engendrèrent non des hommes mais des divinités qui pour la plupart sont celles qui survivront au Ragnarökr.

Skaði peut aussi être rapprochée de la géante Hyrrokkin, géante chevauchant un loup et ayant des serpents en guise de Brides. Hyrrokkin vient aux funérailles de Baldr pour pousser son bateau funéraire afin qu’il vogue vers Helheimr. Le symbolisme du bateau funéraire qui nous renvoie à Njörðr, symbolise le voyage dans l’au-delà et la chair concrète contenant l’étincelle de vie et de perfection : le soleil/ Baldr. Dans ce contexte Skaði et Hyrrokkin peuvent-être comparées aux déesses sombres de l’inframonde : Hel, Modgud, Sinmara

De la même manière Skaði est aussi la Jarvidja, la sorcière de la forêt de fer. Comme l’indique la strophes d’Eyvind Skaldaspillir :

« Þann, skaldblœtr !
skattfœri gat
ása niðr
vit járnviðju,
þá er þau meir
í Manheimum
skatna vinr
ok Skaði bygðu;
sævar beins
ok sonu marga
öndurdís
við Óðni gat. »

«L’ancêtre des Ases
Célébré par les scaldes
Engendra ce prince
Avec la femme de la forêt de fer
Quand le célèbre couple,
L’ami des chefs
Et Skaði ,
À Manheimr habitait.

[…] de l’os de la mer (rocher)
Avec Óðínn
La Dise du ski
Maints fils engendra.»
(traduction de François-Xavier Dillmann)

Skaði peut ainsi être identifiée à Angrboda. Angerboda froide s’unit à l’ardent Loki et engendre Fenrir, Hel et Jormungandr. Loki finit par être châtié par les dieux ; enchaîné avec les viscères de l’un de ses fils sur une pierre tranchante. Skaði place en guise de châtiment, et d’avertissement, un serpent venimeux au dessus de Loki. Ce serpent fait couler son venin sur le visage de Loki qui tressaille de douleur ce qui engendre les tremblements de terre : manifestation de la puissance chtonienne brute !

Loki est le pouvoir et la sagesse impulsive de perturbation et de changement, Skaði est le pouvoir d’introspection et de patience. Loki fulgurant et ardent, Skaði froide et sereine. Loki représente l’œuvre au noir, c’est à dire la nécessité de dissoudre, de détruire pour renouveler. Il est le changement nécessaire, le feu qui fera muter la situation, alors que Þjazi lui est la glace.

Loki et Þjazi entrent en interaction : en conflit puis en partenariat et capturent Ídunn. Car pour que la vie reparaisse après l’hiver il faut que les germes croissent et travaillent au plus profond de la terre. Dans la compensation que les Ases devaient à Skaði pour le meurtre de son père il fallait aussi que les Ases fassent rire Skaði. Ce que Skaði considérait comme impossible mais Loki, lui y arrivera finalement ! Car les dieux devaient d’abord accomplirent l’œuvre au noir par les actes de Loki ! Ce n’est qu’une fois accomplie cette épreuve que Skaði leur sera devenue Bénéfique, que sa lumière de « scintillante épouse des dieux », leur sera révélée au plus profond de son obscurité!

Loki (le plus impulsif) a tué le premier le Géant du Givre Þjazi (la glace lourde), l’impulsion impulsive outrepasse la réflexion et en récolte les conséquences : le serpent.
Loki et la Jarvidja représentent cette ambivalence nécessaire à l’être humain : Impulsivité, action / patience, réflexion.

Toutes deux nécessaires pour que l’homme puisse s’adapter aux diverses situations de la vie ou parfois la réflexion maturée et parfois la décision rapide sont nécessaires.
Jormungand représente les faits en fonction desquels il faut s’adapter avec ses deux modes de rapport au monde. Skaði, Hyrrokkin, Angerboda maîtrisent ce pouvoir ophidien, Loki exalte ce pouvoir, mais le subira, car le feu de l’impulsivité ne mène à rien sans la glace de la réflexion ! Pour s’adapter aux faits la réflexion doit s’unir à l’activité et au changement (Loki), s’appliquer par l’action.

Jormungandr est l’ambivalence inhérente aux forces de la nature. Cette ambivalence est symbolisée par la Rune Hagalaz. Cette Rune, symbole de la grêle, est intimement liée à Skaði : mutation et changement d’état de la grêle, ambivalence glace/eau. Sous cet angle Skaði est la patience et l’introspection nécessaire pour maîtriser le « pouvoir du serpent » : Skaði est l’épreuve , l’adversité initiatique mais peut devenir en même temps la protection contre cette adversité si on fait l’effort de s’en imprégner et de prendre cette adversité comme un défi pour se dépasser.

Skaði symbolise la perturbation inhérente à toutes restructurations internes, et l’acceptation de la nécessité de se confronter à un processus perturbateur que Loki incarne, pour mettre en place un développement constructif. Avec Skaði on acquiert la stabilité en s’imprégnant des inéluctables déséquilibres et perturbations. Skaði nous donne la volonté de nous remettre en cause régulièrement, elle est la glace intransigeante du scepticisme iconoclaste avec lequel notre foi doit se confronter pour se renouveler. Avec Skaði nous purifions et redéfinissons nos fondations, nous renouvelons des structures cohérentes pour pouvoir faire évoluer quelque chose de plus stable.

Tout comme Jormungandr, le Serpent que Skaði accroche au-dessus de Loki représente la nature ambivalente des phénomènes ; Serpent à la fois très dangereux et en même temps nécessaire à la cohésion pour la fécondité et pour la paix. Le serpent représente les faits que nous impose la nature et avec lesquels il faut s’adapter, ainsi que l’énergie temporelle qu’il faut savoir canaliser en soi et tout autour de soi pour évoluer au diapason avec l’environnement.

Le danger et l’ombre qu’incarne Skaði doit être travaillé en nous et tout autour de nous: notre rapport aux phénomènes naturels violents en sont une …il est nécessaire de s’y adapter… les désastres causés par l’homme qui a oublié les Lois de la Nature en sont une preuve flagrante. Et dans le châtiment de Loki se paie cette inconscience humaine !

Le serpent placé au dessus de Loki est un avertissement sur la vigilance que l’homme doit avoir quant à son rapport avec les forces qui le conditionnent. Skaði est à la fois vie et mort, elle ne devient «la scintillante épouse des dieux» que quand nous avons fait l’effort de nous immerger dans les ombres et le danger afin d’y œuvrer !

Le pouvoir du serpent est l’énergie tellurique /aquatique de la nature et notre puissance interne, Skaði peut nous aider à nous imprégner et développer cette énergie, c’est à dire à s’auto initier, à nous éveiller, à éclore comme les premiers bourgeons après l’hiver. Skaði peut aussi nous aider à bloquer, empêcher, retarder un processus pour le méditer pleinement, le perfectionner et l’accomplir ensuite !

Conclusion

Avec Skaði il ne s’agit pas de devenir froid insensible et stérile, mais bien au contraire de canaliser nos émotions, développer notre sensibilité et notre sensitivité en sondant les activités inconscientes de notre esprit. Skaði nous fait dépasser nos limites car elle nous fait développer nos ressources intérieures tant physiques que psychiques ! Skaði est la rigueur civilisée austère technique, mais aussi l’énergie brute sauvage empirique… Elle est la chasse, comme allégorie de la réalisation chamanique.

Skaði nous fait devenir autonomes, elle nous guide quand il s’agit de canaliser et de nous approprier notre énergie sauvage et pulsionnelle, pour sublimer notre instinct animal nous dépasser et utiliser cette énergie brutale de la nature qui nous anime en réalisations constructives et harmonieuse ! Vie et mort, violence et paix : Skaði incarne le défi que le monde nous lance, elle est cette terre austère au travers de laquelle il nous faut trouver la source de richesse, de joie et de félicité inépuisable, elle est la Neige dans laquelle nous devons tremper l’acier de notre volonté ! Les profondeurs de notre esprit deviennent notre terrain de chasse où nous cherchons avec l’aide de Skaði , notre gibier « l’élan vital » !

Elle est aussi un frein nécessaire à la vitalité ! Si elles n’étaient pas freinées par le sommeil et la torpeur, la vitalité de Njörðr et l’impulsivité de Loki conduiraient à l’épuisement. Skaði équilibre et canalise le feu perturbateur de Loki, l’énergie Vanique fluide dans la solidification de sa glace ! Elle préserve et incarne la perfection spirituelle Asique de Baldr et la vitalité d’Ídunn dans les profondeurs telluriques de l’inframonde. Skaði à l’image de l’hiver apporte la sagesse de l’introspection, la maturité de l’imprégnation de nos acquis. Par Skaði nous intégrons et cultivons en nous ce qui à été obtenu de nos réalisations passées.

Skaði est liée aux éléments Neige, Givre et Glace elle est une puissance d’apparente immobilité et d’apparente stérilité, mais elle contient en elle un bouillonnement évolutif, un mouvement, certes très lent, mais très puissant. Skaði est la concentration sereine, tendue et immobile que l’archer effectue avant de décocher un trait fulgurant ! Tel le glacier qui avance imperceptiblement mais inexorablement, Skaði incite à la méditation, au regard intérieur, à la concentration de l’énergie, à la régénération. Elle permet de nous préparer au printemps pour mieux contrôler l’énergie fougueuse qui alors s’épanouira en nous et autour de nous, Skaði nous permet de mieux contrôler notre futur printemps pour une meilleure fécondité !

Skaði est la torpeur, le sommeil, cette petite mort qui nous permet de recentrer notre énergie, de nous ressourcer pour nous recharger afin d’être en forme et en bonne santé

Ainsi, Skaði peut être invoquée pour protéger la croissance et le développement intérieur où tout ce qui demande de la maturation et de l’intériorisation. Skaði peut aussi veiller à tout ce qui est fragile, tel les premiers bourgeons qui naissent au tout début du printemps, comme résultat d’un long processus de développement intérieur.

Texte gracieusement fourni par Skógarmegin

 

Sources

  • Régis Boyer /Yggdrasill, la religion des anciens Scandinaves /Payot.
  • Snorri Sturluson /Histoire des rois de Norvège, traduit et annoté par François-Xavier Dillmann /L’aube des peuples, Gallimard.
  • Snorri Sturluson /L’Edda en prose, traduit et annoté par François-Xavier Dillmann /L’aube des peuples, Gallimard.

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